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Un homme, une vie en accéléré

un_homme150 pages et pas une de plus. Il n’en faudra pas plus à Philip Roth pour ce roman en deuil, couvert de noir. En deuil de son personnage, dont on assiste à l’enterrement dès la première scène, mais aussi en deuil de la fiction elle-même. Abandonnant pour un temps son personnage récurrent Nathan Zuckerman, s’éloignant des extrapolations du Complot contre l’Amérique, l’auteur de La tâche livre ici un (auto-) portrait saisissant, autant empli de doutes que dénué de sentiment.
Un homme sans nom donc, l’”everyman” du titre américain. Né à Elizabeth, Virginie, en 1933, d’une mère au foyer et d’un père horloger proche de sa clientèle. L’homme a un frère aîné, son héros, qui deviendra plus tard un puissant magnat de la finance. L’homme pourtant n’est pas en échec professionnel. Il sera toute sa carrière un brillant publicitaire, profession qu’il choisit par peur de ne pouvoir vivre de sa passion, la peinture. L’homme se marie jeune, a deux fils, mais divorce violemment pour épouser une jeune conceptrice rencontrée à l’agence qui l’emploie, avec qui il a une fille. Quelques années plus tard, il se sépare encore, et se joint cette fois-ci à une top-modèle décérébrée. Nouveau divorce. Et l’homme finira seul, ayant quitté volontairement sa coté new-yorkaise adorée pour un village de retraités, au lendemain du 11 septembre.
philip_roth Ce total ratage sentimental reste pourtant toujours en arrière-plan du livre. Comme pour éviter encore un plongeon dans le sentimentalisme, Roth déplace le territoire du récit vers le corps humain de son personnage, et sa dégradation progressive au fil des années. De la hernie qui l’amène, à huit ans, à passer sa première nuit seul dans un hôpital, à l’opération du cerveau qui lui sera fatale, la succession progressive des maladies domine le texte. Une succession dont l’auteur n’épargne rien, s’attardant sur les multiples séjours hospitaliers et interventions qui n’auraient fait que quelques lignes dans une fiction “traditionnelle”. Car de là naissent les doutes du personnage, sa jalousie pour son frère bien portant, et sa terrible peur de quitter ce monde sans s’en rendre compte.
La brièveté de ce roman, à la construction magistrale, montre certainement que la vie est finalement peu de choses. Le personnage sans nom est bien sûr Roth lui-même, qui entreprit l’écriture de ce texte au lendemain d’un enterrement, celui de son ami et mentor, le romancier Saul Bellow. Le contexte, les souffrances physiques, les échecs sentimentaux sont ceux de l’auteur. Mais si la construction du livre à la troisième personne font d’Un homme une autobiographie qui ne dit pas son nom, le livre fait surtout le deuil de la fiction elle-même. Car Roth pousse ici la grande sobriété de son œuvre dans ses plus lointains retranchements, réduisant le factuel à un simple décor de ses démons intimes et souffrances physiques.
Un homme est un livre dont on ne sort pas indemne. Les mises à l’épreuve qui hantent chaque ligne nous renvoient directement à nos douleurs les plus secrètes. Ce texte intime s’inscrit donc d’emblée dans la mémoire, dans le temps du lecteur. Le fait que ce soit l’un des tout meilleurs romans de l’année en devient curieusement accessoire.

« Un homme » de Philip Roth, Ed. Gallimard, 160 pages, 15,50 €

Photo de Philip Roth : © Nancy Crampton

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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