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Cassé (Kurt Cobain), chronique d’un désastre inventé

casse1A l’image de nombreux musiciens qui ont présenté leur album “unplugged”, c’est aujourd’hui au tour des jeunes écrivains français en vue de nous livrer leur “session”. Créée par Sophie Giraud chez Naïve livres, la collection de petits ouvrages offre aux auteurs la possibilité d’offrir leur vision d’un musicien de leur choix. C’est aujourd’hui Christophe Paviot qui prend la plume, faisant suite à notamment François Bégaudeau, Anna Rozen, Chloé Delaume ou Christophe Claro. Et en choisissant de réinventer le mythe Kurt Cobain, le moins que l’on puisse dire est que l’auteur de Devenir mort n’a pas choisi le sujet le moins casse-gueule.
On avoue volontiers avoir eu une petite crainte face au titre du livre, plus proche du jeu de mot potache que de la rock’n'roll attitude (Cassé = K.C. = Kurt Cobain). Heureusement, la lecture de l’ouvrage balaye cette éphémère appréhension. Kurt Cobain, donc, est au centre de ce livre qui débute plus ou moins comme une biographie tout juste réinventée. Au début des années 90, Cobain tente tant bien que mal de lancer son groupe, Nirvana, accompagné de deux comparses. Les temps sont difficiles : le batteur change tout le temps, le groupe reste à la traîne de la scène de Seatlle, dont la plupart des formations signent concerts et albums. Cobain pourtant, ne désespère pas, et porte de grandes ambitions dans le nouveau projet du groupe. Accompagné d’un nouveau batteur, Dave Grolh, Nirvana signe la cassette Smells like teen spirit, qu’il distribue en masse à tous les labels de la région.
casse2A ce point du récit, Cassé pousse le destin de Cobain dans une dimension parallèle. Jamais le groupe grunge ne fera carrière, et tombera définitivement dans l’ouli. Son leader se perdra dans la drogue et les désillusions. Avant de se tirer une balle dans la bouche, il assistera même à la fuite de Dave Grolh vers les sirènes californiennes, où il débutera une carrière mondiale.
Les puristes de Nirvana ne manqueront pas d’attaquer Paviot sur les nombreuses erreurs temporelles dans la carrière de Nirvana. Ces critiques seront, de toute évidence, à coté de la plaque, le concept même du livre étant de faire muter ces ratages documentaires en rouages fictionnels. C’est toute la force de Cassé (Kurt Cobain). Car Paviot se positionne ici loin des variations stylistiques plus ou moins pertinentes ayant émaillé la collection “Sessions” (on pense particulièrement aux étrangers Mick Jagger de Bégaudeau et aux Beatles de Claro, par ailleurs fort réussis), et offre un roman sans concession, qui ne laisse pas un instant de répit à son anti-héros.
Le livre, pourtant, n’est pas exempt de défauts. Parfois, Paviot dérape dans son écriture : ce qui apparaît souvent comme une écriture “cash”, familière des lecteurs de l’écrivain, se mue parfois ici en un procédé artificiel. Quelques expressions du langage parlé d’aujourd’hui se glissent dans un “journal” datant de près de vingt ans, ce qui peut troubler le lecteur sans pour autant lui apporter grand chose. Ces manqués ternissent un peu une intelligence d’écriture souvent présente. Bien meilleur que beaucoup d’autres titres de la collection qui l’accueille, Paviot est toutefois beaucoup plus convaincant dans ses écrits personnels.

« Cassé (Kurt Cobain) » de Christophe Paviot, Ed. Naïve livres / collection “Sessions”, 154 pages, 12 €. Parution le 4 janvier 2008.

La première page de Cassé (Kurt Cobain)


Je suis peut-être qu’un putain de camé mais le président des États-Unis s’enfile lui aussi des pailles d’un dollar dans le nez. Ouais, plutôt des tickets de 100 dolls. Y a un autre truc que je sais aussi, c’est qu’en 1991 Nirvana est le meilleur groupe de punk rock au monde, meilleur que les Melvins et toute cette merde de Seattle, tous des suceurs de majors. Et moi je le dis, notre tour est venu, on va tout péter. Et l’autre con de Willie en face de moi qui me demande, qu’est-ce que t’en sais que vous allez tout péter? Il me dit qu’à notre dernier concert y avait douze mecs dans la salle, douze mecs plus ma mère qu’a débarqué à la fin du truc pour m’offrir cette saloperie de tapis de douche à ventouses qui puait le caoutchouc. Alors excuse-moi mec, mais ça sentait pas le succès mondial votre set. Voilà ce qu’il me balance ce crétin. Je le regarde en plein dans les yeux, deux petites peaux inertes pareilles que les valves sur les brassières des gosses à la piscine. Willie est là avec sa tête d’abruti en équilibre sur ce cou cisaillé de plis. Il est encore plus maigre que moi, la dope est dans la cage. Il repose sa bière en froissant la canette, il a l’air content du bruit que ça fait, toute sa puissance est là-dedans, pauvre chiotte, je sais pas ce qu’il a dans la tête.

© Editions Naïves Livres, 2008

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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