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Un bref instant de romantisme, sur la planète de Miranda July

rl08_julyMiranda July est un ovni. Vu dans le Paris Review, Harper’s et The New Yorker, son premier recueil de nouvelles, Un bref instant de romantisme, a déjà gagné le Franck O’Connor International Short Story Award 2007. Si le nom de cette jeune romancière ne vous est pas tout à fait inconnu, c’est parce qu’elle a en effet une autre vie, dans le cinéma. Et non des moindres : son premier long métrage, Toi, moi et tous les autres, dans lequel elle jouait le rôle principal, a été primé au festival de Sudance 2004 puis à Cannes en 2005.
Sur la couverture, une jeune femme dont on voit seulement les bras et les pieds enserre cinq oreillers, la tête enfoncée dans celui du haut. Besoin d’amour ? Si d’ordinaire les photos sont une mauvaise idée pour présenter un roman (d’aucuns préfèreront les collections minimalistes, les modèles du genre au chic inaltérable de la NRF), celle-ci fait exception à la règle. La candeur, la naïveté et la fantaisie de l’auteur sont tout entières contenues dans cette épreuve quelque peu décalée.
Comment résumer les nouvelles de Miranda July ? Imaginez un bonbon qui fond dans votre bouche, fermez les yeux, écoutez autour de vous. La pluie martèle contre la fenêtre, les gens se pressent, leurs talons claquent sur le trottoir mouillé, la foule est dense. Vous la sentez se rapprocher dangereusement de vous, mais vous n’ouvrez pas les yeux. Le sucre coule sur votre langue, puis dans votre gorge, vous vous concentrez sur cette brève minute de douceur, malgré le bruit, malgré les courants d’air et les cris. Vous n’êtes pas tout à fait seul, puisque vous avez le bonbon et que les autres, énervés, vraisemblablement, ne l’ont pas. Sinon, pourquoi seraient-ils si tendus ? Ils veulent ce que vous avez, ils sont furieux. Vous continuez à savourer, toute votre bouche désormais est parfumée d’un goût de violette. Il n’y a plus un seul bruit. Vous ouvrez les yeux, tout le monde vous regarde. En silence. Puis tous se dispersent.
rl08_july2 Les nouvelles de Miranda sont ainsi, sorties de nulle part, obsédantes et légères, absurdes et nécessaires. Elles nous comptent la vie intérieure de jeunes filles en mal d’amour, les fantasmes de Mademoiselle Tout-le-Monde, en proie à des peurs tantôt étranges, tantôt naturelles mais honteuses. Tous ces petits gestes que l’on n’avoue jamais parce qu’ils seraient considérés comme des signes de démence. Celle-ci s’enferme dans les toilettes pour faire des grimaces devant le miroir, celle-là aime prendre des bains et regarder sa peau se friper en se demandant combien de temps elle pourrait disparaître dans l’eau froide. Une femme conseille de poignarder son oreiller pour se débarrasser d’une colère noire. Une autre est invitée à un pique-nique où sont réunis tous les gens qu’elle a connus dans sa vie, y compris ceux qui lui ont fait du mal. Et tous doivent lui annoncer que cette vie-là n’était qu’un leurre, un test. Car la vie, selon Miranda, se doit d’être fabuleuse. Tout ce qui ne lui convient pas recèle forcément un malentendu, un mystère.
Derrière ces histoires en forme de fables, se cache un désir d’absolu. Ses héroïnes falotes qui rêvent de prince charmant, croient aussi aux fées carabosses et aux monstres planqués attendant de surgir dans l’appartement. Le temps de l’enfance n’est pas loin, mais ces filles ont grandi trop vite. Attention, nous ne sommes pas au pays des Bisounours, les textes ne sont pas exempts de crudité. Le sexe est omniprésent chez Mademoiselle July qui s’en sert à contre emploi de la plupart des écrivains. Non pour pimenter une scène, ou pour érotiser un personnage, mais au contraire pour pousser encore un peu plus loin l’étrange. On fait l’amour comme on achète un tube de dentifrice, par habitude ou par accident, et le sexe sert aussi à arrondir ses fins de mois.
Ne vous attendez à rien de connu, l’univers de Miranda est déstabilisant, osez y pénétrer. Si cette écrivain est un cas intéressant pour un psychiatre, elle offre un pur moment de plaisir pour les lecteurs en quête de singularité. Le génie est toujours proche de la folie. Nul doute, Dali aurait aimé cette fille-là !

Nathalie Six

« Un bref instant de romantisme » de Miranda July, Ed. Flammarion, 288 pages, 19 €

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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