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Fume et tue, il n’y a pas de fumée sans feu

fume1A la suite d’une séance d’hypnose, un homme se voit dépossédé de sa jouissance à fumer. Le plaisir réapparaît après avoir tué en légitime défense un pickpocket dans le métro. Le goût du meurtre est désormais indissociable de celui de la cigarette. Surfant sur l’actualité de la loi anti-tabac, le deuxième opus de Antoine Laurain, Fume et tue, est un roman noir plein d’humour et de verve. Métaphore du fruit défendu, la cigarette est-elle devenue synonyme d’un plaisir clandestin et sacrificateur ?
Depuis le 1er janvier 2008, il est interdit de fumer dans tous les lieux publics. Pour Fabrice Valentine, un chasseur de tête sous pression, ce décret est une calamité. Non seulement il fume allègrement deux paquets par jour, mais en outre, la loi donne raison à sa femme qui le harcèle pour arrêter. Résigné, Fabrice accepte de se rendre chez un hypnotiseur. Une seule séance et le miracle opère : Fabrice ne ressent plus le besoin de fumer. Le jour où son patron meurt subitement, Fabrice attrape machinalement une blonde. Surprise : la fumée ne lui procure aucun plaisir. Quelques heures plus tard, alors qu’il est seul sur un quai de métro, un homme armé tente de lui voler son portefeuille. Paniqué, Fabrice précipite le voleur sous les roues du métro, et s’enfuit. Il s’allume une énième clope : la jouissance est totale. La machine est lancée : le processus mental qui relie l’acte de tuer au plaisir de fumer est implacable. Pour Fabrice, il faut désormais retrouver l’hypnotiseur, un charlatan qui vient d’être arrêté pour blanchiment d’argent.
fume2Combien de meurtres lui faudra-t-il pour être envoyé croupir à ses côtés dans une cellule pénitentiaire ? Pourquoi les deux actes sont-ils réunis dans une même logique ? Antoine Laurain construit sa théorie diabolique sur le principe de la madeleine de Proust, une émotion qui déclenche une chaîne d’actions irrévocables. Ainsi, la première cigarette, celle goûtée avec des copains plus âgés, en cachette des parents, se confond pour la majorité des fumeurs au pêché et à la transgression. Celle qui se retrouve dans le meurtre. Pour le narrateur, le plaisir de renouer avec ce fruit défendu, même attachée au pire des tabous, dépasse l’ivresse des premiers jours de sobriété tabagique. Les plaisirs de la nicotine sont trop attirants pour pouvoir y résister.
Dans un style simple, l’auteur construit son récit avec une régularité de métronome. L’humour et une bonne dose de cynisme sont ses meilleurs atouts. Pour son premier roman, Ailleurs, si j’y suis, il avait reçu le prix Drouot 2007 qui récompense chaque année une oeuvre de fiction faisant référence à l’univers de l’art. Cette fois, Laurain ne se prive pas de viser le milieu de l’art contemporain. Ses descriptions de ces artistes à l’ego démesuré et aux mœurs contestables sont piquantes, souvent acides,. Le narrateur, bien que marié à une conservatrice, ne s’y entend guère : lors d’un vernissage, il écrase sa cigarette dans ce qui est en réalité une œuvre mortuaire. Les animaux découpés et flottant dans le formol du Britannique Damien Hirst lui apparaissent comme vomitifs. Le seul artiste qui trouve grâce à ses yeux, parce qu’il aimait partager un bon whisky avec lui, est Francis Bacon, qui est mort.
Antoine Laurain n’affûte pas seulement ses pointes en direction des musées, il en garde quelques-unes pour les cadors des cabinets de recrutement et les conseillers es stratégie. Un petit roman divertissant, où vous apprendrez comment vous débarrasser de votre patron sans laisser de trace. La vie est une jungle, c’est bien connu, et il n’y a pas de fumée sans feu.

Nathalie Six

« Fume et tue » de Antoine Laurain, Ed. Le passage, 280 pages, 17 €

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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