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Lacrimosa, une correspondance intime sans concession

rl08_lacrimosaMais où s’arrêtera donc le talent de Régis Jauffret ? Après avoir recartographié les territoires du roman avec Microfictions, celui qu’on peut qualifier sans craintes de meilleur écrivain français revient avec Lacrimosa, un récit épistolaire intime et cruellement poignant. Et livre ainsi l’une des expériences littéraires les plus brillantes de cette rentrée littéraire.
A l’occasion d’une dédicace au Salon du livre de Paris de son livre Univers, univers, Régis rencontre Charlotte, une journaliste radio qui lui donne ses coordonnées. Rapidement une relation amoureuse naît entre eux. Mais Charlotte, à l’aube de ses 35 ans, se sent déjà vidée de toute envie de vivre. Alors qu’elle rend visite à ses parents, elle se suicide dans sa chambre d’enfant, en se pendant à une écharpe. Entre Régis et son amante décédée commence alors une correspondance imaginée mais sans pitié. L’auteur tente de remonter dans l’histoire d’une femme qu’il ne connaissait finalement que peu. Charlotte répond à ces lettres avec une dureté qui rend encore plus pénible sa disparition.
Commençant invariablement ses lettres par les termes « Chère Charlotte », Régis Jauffret tente de mettre son talent d’écrivain au service d’une histoire qu’il ne comprend pas. Mais ses efforts sont vains : Charlotte répond à chacune de ces missives par une autre lettre, qu’elle ouvre par l’expression aussi dure qu’affectueuse « Mon pauvre amour ». Elle fustige le caractère vain de ses empilements de mots, qui selon elle sont incapables de peindre l’étendue de son mal-vivre passé. Pourtant, Régis persévère, et tente à chaque lettre d’approcher le drame grâce à des styles littéraires différents.
jauffret Face à l’acte le plus violent qui soit, le suicide de la femme qu’il aimait, Régis Jauffret tente de mettre des mots sur cette macabre absence. Et remonte le temps, recréant l’histoire d’une histoire d’amour brutalement interrompue. Ces tentatives deviennent autant des exercices littéraires que des souvenirs réinventés. Pourtant, les réponses sans appel de Charlotte mettent à l’échec chacune de ces tentatives, qui versent tantôt dans le sentimentalisme, la douleur, ou la recréation sur le mode délirant du jour du suicide et des heures qui suivirent.
Contrairement à ses habitudes, Jauffret livre avec Lacrimosa un ouvrage extrêmement bref. Pourtant, la force de l’écrit est là : en moins de 300 pages, il traverse tous les genres littéraires. Journal intime, roman, biographie, autobiographie et, bien entendu, correspondance se succèdent à tour de rôle au fil des chapitres. Mais aucune de ses formes ne trouve grâce aux yeux et à la plume de Charlotte. Par ces réponses inventées, Jauffret exprime l’impuissance de la littérature face aux cotés les plus sombres de la vie. Et remet en cause l’utilité même du processus de création littéraire.
Avec ses multiples niveaux de lecture, Lacrimosa est un livre doublement poignant, qui ne peut que secouer le lecteur avide de mots et de sentiments. Ne serait-il pas, lui aussi, l’acteur d’un voyeurisme qui prend des postures d’intellectualisation ? Cette question, qui bien sûr trouvera une de ses réponses dans les interrogations de chacun, rend le livre aussi bouleversant que magnifique, qui marquera pour longtemps sa trace dans la mémoire littéraire.

« Lacrimosa » de Régis Jauffret, Editions Gallimard, 260 pages, 16,50 €. Parution le 25 août.

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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