Alain Mabanckou présente Bêtes sans patrie d’Uzodinma Iweala
Le 21 août prochain paraîtra chez L’Olivier Bêtes sans patrie d’Uzodinma Iweala, le récit atroce et malgré tout sensible d’un enfant soldat en Afrique noire. Encore un ? Si Ahmadou Kourouma a ouvert la voie avec Allah n’est pas obligé en se glissant dans la peau d’un de ces hommes miniatures voués à la guerre par des adultes sans pitié pour l’enfance, Iweala emboîte le pas à son aîné sans avoir à rougir. Au-delà de son sujet très fort, ce livre coup de poing est aussi une prouesse au niveau de la langue et de sa traduction. Mélange d’anglais et de plusieurs dialectes nigérians, le récit inventé par Iweala fait figure d’OVNI dans la rentrée littéraire. Au point d’avoir su convaincre l’écrivain français d’origine congolaise Alain Mabanckou d’en être le traducteur. Une première pour le prix Renaudot 2006.
Bêtes sans patrie d’Uzodinma Iweala est votre première traduction. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ?
Alain Mabanckou (photo ci-contre) : Uzodinma Iweala est un écrivain dont l’écriture m’a ébloui. J’aime les livres qu’on “entend”, qui résonnent, qui vous laissent pendant longtemps sous le “choc” de l’admiration et de la fascination. J’avais l’impression qu’il avait écrit ce livre pour moi, il me suffisait alors de prolonger son chant, de prendre le même timbre de voix. Le livre fut publié avec succès aux Etats-Unis en 2005.
Quelles sont les plus grosses difficultés dans une traduction comme celle-ci ? Avez-vous demandé conseil à des traducteurs ?
A.M. : C’était une traduction très délicate : la langue d’Uzodinma est un mélange de pidgin et de beaucoup de langues du Nigeria. Son Anglais est donc “pourri” comme on le souligna aux Etats-Unis. Il fallait non pas traduire de manière linéaire mais trouver une musique, briser la phrase, multiplier des trouvailles sans dénaturer la version originale ou s’en éloigner. C’est à cet instant que j’ai porté ma casquette d’écrivain. Je n’ai pas voulu voir ou consulter l’auteur – que je n’ai d’ailleurs toujours pas rencontré. Je tenais à garder cette distance. Je n’ai pas non plus consulté d’autres écrivains qui traduisent.
Est-ce que vous désirez lui apporter un coup de pouce en le traduisant et en le faisant connaître en France ?
A.M. : Je ne sais pas s’il faut parler de coup de pouce. Je suis persuadé que les grands livres – comme celui d’Uzodinma Iweala (photo ci-contre) – finissent par trouver leur lectorat. Je me réjouis toutefois de présenter cet auteur au lectorat d’expression française. Ce n’est pas un fait extraordinaire qu’un écrivain tende la main à un autre.
Cette traduction restera-t-elle un cas isolé ou aimeriez-vous en faire d’autres ?
A.M. : Je traduirai selon mes humeurs et selon mes coups de cœur. C’est un travail de longue haleine qui m’oblige à mettre de coté ma propre création. Donc je ne le ferai qu’au compte-gouttes car il me faut avant tout privilégier le plaisir du texte et de la découverte.
Propos recueillis par Nathalie Six
« Bêtes sans patrie » d’Uzodinma Iweala, Traduit de l’Anglais (Etats-Unis) par Alain Mabanckou, Editions de l’Olivier, 180 pages, 18 €. Parution le 21 août.













