Déjà membre,
connectez-vous

Mot de passe oublié ?

Pas encore membre ? Inscrivez-vous !

Thomas Pynchon, des jeux de pistes et un vice caché

iv1D’autres feraient un arrêt cardiaque pour moins que ça. Il y a quelques semaines, alors que l’intérêt médiatique pour Contre-jour commençait à retomber et que les listes de Noël se rallongeaient peu à peu, une rumeur se met à bruisser sur les net. Le 3 octobre, La critique Carolyn Kellogg confirme sur son blog du Los Angeles Times l’info lancée deux jours plus tôt par le bloggeur Stephen Moore : Thomas Pynchon sortirait un nouveau livre en 2009 ! La nouvelle a de quoi stupéfaire. Pynchon, qui sépare chacun de ses romans de plusieurs années, ferait une grave entorse à ses habitudes en publiant un nouveau livre seulement trois ans après la parution aux Etats-Unis de Contre-jour. Et pourtant, le 25 novembre, l’éditeur Penguin Press met fin aux questionnements en publiant dans son catalogue ‘été 2009′ la couverture et un long extrait du livre.
Une petite fiche technique en préalable. Le livre porte un titre on ne peut plus adéquat, Inherent vice (“Vice caché” en VF). Plus court que les traditionnels pavés de l’auteur, le livre fait 416 pages. Enfin, la sortie américaine est prévue le 4 août 2009, ce qui donne une bonne marge pour se livrer aux supputations les plus folles. Car Pynchon se lance ici dans un “roman noir”, centré sur Doc Sportello, un détective privé perdu dans un trafic de drogue, dans les bas fonds du Los Angeles des années 60.
iv2En France et ailleurs, les blogs les plus pointus consacrés à la littérature américaine se mettent immédiatement en traque de la moindre information concernant le livre. Des jeux de pistes qui nous rappellent vaguement quelque chose… L’origine de l’illustration de couverture est ainsi dévoilée : il s’agit de “A ‘Retired’ Caddy Hearse Greets Daybreak at a Beach Surf Shop”, un tableau dû à l’artiste hawaïen Darshan Zenith. Commence également un jeu de plusieurs jours consistant à traduire le plus fidèlement possible l’extrait dévoilé, même si les auteurs avouent « ne pas être Claro », le traducteur emblématique des derniers ouvrages du maître (et de beaucoup d’autres). Un texte dont nous vous présentons la version la plus aboutie grâce à notre ami g@rp (qu’il en soit remercié).
Mais un extrait valent mieux que mille explications. Voici donc la traduction promise, en signalant pour les anglophones que le texte original est disponible à cette adresse.

iv3

Traduction du premier
extrait d’Inherent vice


Elle arriva en empruntant le sentier et les marches de derrière comme à son habitude. Doc ne l’avait pas vue depuis plus d’un an. Personne, d’ailleurs. À cette époque c’était toujours sandales, bas de bikini à fleurs, t-shirt défraîchi Country Joe and the Fish. Ce soir elle était sapée à la dernière mode business, cheveux bien plus courts que dans ses souvenirs, ressemblant précisément à tout ce qu’elle avait toujours abjuré.
« Ça alors, Shasta ? L’emballage m’a foutu dedans pendant une minute.»
« Faut que tu m’aides, Doc.»
Ils restèrent dans la lumière de la rue qui filtrait depuis la fenêtre de la cuisine à laquelle on n’avait jamais jugé vital de suspendre des rideaux, écoutant le fracas du ressac remonter la colline. Certaines nuits, sous le vent, on pouvait l’entendre dégringoler sur toute la ville. Pas très causants, ni l’un ni l’autre. C’était quoi le problème ? « Bon ! Tu sais que j’ai un bureau maintenant ? Comme un vrai travail et tout, tu vois ? »
« J’ai jeté un œil dans l’annuaire, j’ai bien failli y aller. Et puis je me suis dit, vaudrait mieux pour tout le monde que ça ait l’air d’un rendez-vous secret.»
OK, pas de romantisme ce soir. La corvée. Mais ça pourrait rapporter. « Quelqu’un t’a à l’œil ? » « J’viens de passer une heure sur les boulevards pour donner le change. »
« Qu’est-ce que tu dirais d’une bière ? » Il alla jusqu’au frigo, tira deux cannettes d’un casier qu’il gardait au frais, en tendit une à Shasta.
« Il y a ce type », elle avait dit.
Il y en aurait d’autres. Pas la peine de s’émouvoir. Et si on lui avait filé cinq cents à chaque fois qu’il avait entendu un client commencer comme ça, il serait à Hawaï, là, chargé jour et nuit, à creuser la vague à Waimea, ou même mieux, à payer quelqu’un pour le faire à sa place… « Un bon Samaritain en somme », fit-il tout sourire.
« OK, Doc. Il est marié. »
« Une… question de finances. »
Elle balança en arrière une mèche de cheveux invisible et leva les sourcils genre ‘et alors’. Groovy avec Doc. « Et sa femme – elle sait pour toi ? »
Shasta fit oui de la tête. « Mais elle voit quelqu’un aussi. Seulement, ce n’est pas vraiment le scénar habituel – ces deux là mijotent une sale petite combine. » « Pour mettre les voiles avec le magot du jules, ouais, il me semble avoir déjà entendu dire qu’un truc de c’genre s’était passé une fois ou deux du côté de L.A. Et… tu veux que je fasse quoi exactement ? » Il trouva le sac en papier dans lequel il avait ramené son dîner et s’attacha à faire semblant d’y griffonner des notes, parce que l’uniforme de la fille bien sous tout rapport, le maquillage censé ne pas faire maquillé ou Dieu sait quoi, faisait rappliquer cette fameuse vieille érection pour laquelle Shasta finissait toujours tôt ou tard par être partante. Ça ne s’arrêtera donc jamais, se demanda-t-il. Bien sûr que si. Ça l’a fait.

(…)

Credits :
JDM, Moppety, Maddy Duchesne &
g@rp

    Share
Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (1 votes, Note: 5, 00 sur 5)
Loading ... Loading ...

Une réponse à “Thomas Pynchon, des jeux de pistes et un vice caché”

Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire.
Si vous souhaitez ajouter une photo à votre profil, utilisez Gravatar

Laisser un commentaire

Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire.
Si vous souhaitez ajouter une photo à votre profil, utilisez Gravatar

Vous devez vous connecter pour poster un commentaire.

Tenez-vous informés...

Claro David Fincher David Foster Wallace Editions Actes Sud Editions Albin Michel Editions Au diable Vauvert Editions de l'Olivier Editions de l’Olivier Editions du Seuil Editions Flammarion Editions Gallimard Editions Grasset Editions Robert Laffont Editions Sonatine Editions Stock Editions Tristram Exposition Festival de Cannes 2008 Festival de Cannes 2010 Festival de Cannes 2011 Films en 3D Frédéric Beigbeder Inglourious basterds Interview Jack Kerouac La semaine culturelle en bref Rentrée littéraire janvier 2008 Rentrée littéraire janvier 2011 Rentrée littéraire septembre 2008 Rentrée littéraire septembre 2009 Rentrée littéraire septembre 2010 Rentrée littéraire septembre 2011 Rentrée littéraire septembre 2012 Thomas Pynchon William T. Vollmann

A la une (168)
Actualités (19)
Aide (1)
BD (10)
Berlin 2010 (1)
Berlin 2011 (1)
Cannes 2008 (10)
Cannes 2009 (5)
Cannes 2010 (11)
Cannes 2011 (13)
Cannes 2012 (5)
Cinéma & TV (56)
Comic Con 2009 (1)
Critiques BD (8)
Critiques cinéma (13)
Critiques disques (12)
Critiques livres (75)
DVD / BLU-RAY (11)
Expos & Art (12)
Expresso (10)
Festivals (5)
Internet (17)
Interviews (24)
Kiosque étranger (1)
Livres & BD (82)
Lost cinema (8)
Musique (3)
Prix littéraires (1)
Prix littéraires 2007 (4)
Prix littéraires 2009 (1)
Prix littéraires 2010 (3)
Readme (11)
Rentrée 2008 (29)
Rentrée 2009 (23)
Rentrée 2010 (27)
Rentrée 2011 (36)
Rentrée 2012 (18)
Sorties (15)
Sundance 2008 (2)
Sundance 2009 (2)
Sundance 2010 (2)
Sundance 2011 (1)
Télévision (4)
Toronto TIFF 2011 (1)
Venise 2010 (1)

WP-Cumulus by Roy Tanck requires Flash Player 9 or better.

Articles les plus populaires

Désolé. Aucune donnée à ce jour.

Archives
Réseaux