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Le système Victoria, déconstruction d’un coup de foudre

Quatre ans après l’extraordinaire Cendrillon, Éric Reinhardt signe en cette rentrée un retour éclatant avec son cinquième roman, Le système Victoria. L’auteur relève par la même occasion avec brio l’un des défis les plus complexes lancés à un écrivain : réussir son nouveau roman après un succès critique et public éclatant. Le système Victoria est un livre très différent de Cendrillon, mais l’on y retrouve dès les premières lignes la touche de l’auteur, son phrasé précis et fluide, qui en font l’une des écritures les plus reconnaissables de la littérature française actuelle. Au fil des 500 pages de l’ouvrage, Reinhardt déroule de manière implacable un récit à la construction aussi parfaite qu’haletante.
Conducteur de travaux en vue, David Kolski est en charge de la construction de la tour la plus élevée de France dans le quartier d’affaires de la Défense. Dans une galerie marchande, il tombe sous le charme d’une silhouette féminine qui le frappe en plein cœur. Après trois heures d’observation, il aborde la quadragénaire. Victoria de Winter est la DRH monde d’un groupe industriel basé à Londres. Entre David et Victoria naît bientôt une passion dévorante, chargée d’érotisme, qui outrepasse les divergences politiques des deux amants. Alors que David rencontre les pires problèmes sur le chantier de la tour, il se jette dans cette relation pour y trouver courage et énergie.
Dès les premières lignes du livre, on apprend que cette histoire aura une fin tragique : un an après leur rencontre, Victoria est retrouvée sauvagement assassinée, et David se sent responsable de cette mort. Abandonné par sa famille, il écrit son histoire depuis une misérable chambre d’hôtel où il se cache.
Outrepassant le journal d’une passion destructrice, Éric Reinhardt a construit son ouvrage comme un thriller aux accents érotiques et sociaux. L’auteur articule son livre autour de deux lignes directrices fortes : l’explication de la mort de Victoria, exposée dès le début du livre, et l’évolution angoissée du chantier mené par David, aux prises avec les délais de construction et les pressions des investisseurs du chantier.
Ce choix permet à l’auteur de mettre en place un double échafaudage de son récit : si l’on suit de manière chronologique la construction du bâtiment, le mystère de la mort de sa maîtresse évolue sur un mode antéchronologique, la conclusion étant exposée dès le début du livre, alors que ses circonstances n’en seront dévoilées que dans les toutes dernières lignes. Impeccablement déroulée, cette construction est probablement l’un des aspects les plus impressionnants du livre, qui se transforme à divers passages en un texte à la teneur hautement érotique, ou une réflexion sur la société actuelle, partageant les individus entre les cadres supérieurs vivant aux rythmes de leurs envies, sans frontières ni barrières financières, et leurs employés coincés dans leur quotidien monotone.
Nettement moins autobiographique que Cendrillon, Le système Victoria marque de façon éclatante la capacité de la littérature française à investir encore le champ de la fiction, là où de nombreux auteurs restent repliés sur le récit de leur petite personne. On n’y retrouve pas moins de nombreux thèmes chers à l’auteur, dont la passion pour les escarpins Louboutin et l’amour de l’architecture (Reinhardt avait déjà signé en 2009 le texte d’un livre d’art sur la construction de la tour Granite à La Défense). Autant d’éléments qui font du livre l’un des “page-turners” les plus implacables de la rentrée, que l’on referme avec un seul espoir : que Éric Reinhardt n’attende pas quatre ans avant de publier son prochain roman.

« Le système Victoria » de Éric Reinhardt, Éditions Stock, 522 pages, 22,50 €.

Page suivante : la première page du livre

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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Une réponse à “Le système Victoria, déconstruction d’un coup de foudre”

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  • libellule electrique dit :

    Happée par les rouages du Système Victoria

    Si vous aimez les produits littéraires formatés, gentiment émouvants, les livres sympathiques et tièdes, vite oubliés, passez votre chemin.
    Car il faut lire Le système Victoria si l’on est prêt à se laisser entraîner dans une fresque ample, inattendue, dérangeante et frénétique. Il faut le lire si l’on est prêt à s’aventurer dans une histoire extrême et pourtant réaliste. Le système Victoria déroule la singularité fiévreuse d’une passion tragique en même temps qu’il peint la société mondialisée d’aujourd’hui dans ses aspects les plus oppressants.
    L’épaisseur romanesque, la densité des personnages en font aussi la qualité. La personnalité du héros, que l’on devine proche de l’écrivain, rêveur insatisfait et idéaliste, est nourrie de tout ce qu’on apprend au fil des pages sur son passé sentimental et familial. La scène de la première rencontre dans un centre commercial fonde l’intrigue, la structure du livre est à la fois linéaire (tendue entre le début et la fin de cette passion) et subtilement feuilletée de flash-back. Il y a un plaisir de lecteur presque classique à lire ce roman pourtant fortement corrosif, sexuel et contemporain.

    Certains trouveront que Victoria est trop peu humaine: elle est démesurée, sur-dimensionnée en tout. Mais cette géante internationale est au delà des clichés: Victoria est une sorte de déesse sexy, fascinante et efficace du capitalisme triomphant. C’est une femme qui expérimente jusqu’au bout toutes les possibilités que lui offre le monde d’aujourd’hui. Sa fin tragique n’en est que l’accomplissement ultime, assumé et obscène. Victoria n’est pas du tout une bimbo ordinaire: elle a l’originalité d’être une quarantenaire solide,grande et ronde, elle a aussi un côté maternel et épanoui qui conforte son pouvoir de fascination.
    Les symboles sont nombreux dans ce roman, au point qu’on peut se dire que David représente la mollesse velléitaire de la gauche, son impuissance à empêcher le libéralisme d’aller droit dans le mur; car Victoria, par rapport à lui, possède une belle énergie assurée, une force monstrueuse et tranquille à la fois qu’il admire. Lui -pressé comme un citron par sa hiérarchie- s’épuise dans des missions irréalisables en n’apportant que son adhésion soumise au système auquel il dit s’opposer.
    Mais pourtant, les résonances symboliques qui donnent à ce roman un élan ambitieux (en proposant une lecture implicite du fonctionnement de notre société) ne nuisent pas à sa dimension très humaine. C’est aussi avant tout une histoire d’amour, de sexe, d’alchimie entre deux êtres à la fois proches et différents. Les récits érotiques enfiévrés de leurs rencontres clandestines prennent une grande place dans le roman, et ils s’emballent en suivant la progression de leurs fantasmes dérivants.
    Par ailleurs, on y trouve des récits intéressants sur la progression d’un chantier et les enjeux énormes en termes de calendrier à respecter, de responsabilités qui reposent sur une seule personne, peu reconnue, voire humiliée dans le milieu des grandes entreprises de BTP. L’échec inéluctable et la démesure du chantier est à l’image de l’aventure impossible des deux héros.

    On oppose beaucoup David à Victoria, mais au fond, ils ont aussi des points communs, par exemple la volonté de préserver leur famille, qui reste un peu dans l’ombre du roman, comme à la lisière de l’intrigue. Certes, David n’appartient pas au même niveau social que Victoria, plus oppressé qu’oppresseur, mais ce n’est pas non plus un prolétaire, son modèle est aussi la réussite: son ambiguïté idéologique est intéressante, et permet de dépasser un manichéisme simpliste entre gauche et droite.

    Enfin, ce qui prouve la richesse de ce roman, c’est que, si vous le lisez, vous n’y verrez pas forcément la même chose que moi. Mais il serait difficile de contester sa force.

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