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Interview Tom Rachman, auteur de Les imperfectionnistes : « L’écrivain a un formidable accès à l’empathie »

Le traitement du roman est passionnant. Comme vous le dites, le lecteur apprend à connaître les personnages dans un certain contexte, et peut ensuite les découvrir sous un angle radicalement différent, une perspective parfois très surprenante.

T.R. : C’est quelque chose qui me fascine dans l’écriture en général. L’idée d’entrer autant que possible dans un contexte particulier, et lui donner ensuite une perspective radicalement différente, afin de découvrir au final le contexte général sous un angle très différent du début. Dans un certain sens, vous pourriez dire que cela consiste en la lecture de toute fiction.
Dans la vie, nous pouvons nous rencontrer dans un contexte particulier, qui nous oppose ou nous fait aller une direction commune. Dans la fiction, tous les personnages ont un but précis, mais les lecteurs que nous sommes n’en ont pas. Nous n’avons donc pas de lecture prédéfinie, au delà notre interprétation de ce qui est écrit sur la page. Nous n’avons aucun enjeu dans la vie des personnages. Pour cette raison, en tant qu’écrivain, vous avez un formidable accès à l’empathie, ce qui est si difficile à obtenir dans la vie réelle.

L’évocation d’un monde confiné est accentuée dans votre livre par l’isolation de la salle de rédaction du reste du monde – on y trouve même pancarte où il est écrit “L’Italie, c’est de l’autre côté”. Est-ce quelque chose que vous avez ressenti lorsque vous étiez expatrié de votre propre pays ?

T.R. : Il y a de nombreuses expériences d’expatriés, mais si vous travaillez pour une compagnie internationale dans un pays où se parle une langue différente de la votre, où la culture est très différente, il n’est pas rare que vous ayez la sensation d’être dans une petite parcelle de votre pays en plein milieu de l’Angola, par exemple. C’est une expérience formidable dans ce monde que de pouvoir ouvrir la porte, et avoir l’impression d’avoir fait un voyage de dix heures d’avion.
C’est une isolation très ambivalente que les gens peuvent avoir lorsqu’ils sont expatriés. Ils ont probablement – par nécessairement, mais plus certainement dans le cas de Rome – voyagé là en grande partie parce qu’ils ont une affection, ou une attraction particulière pour l’endroit où ils se rendent. Et lorsqu’ils y arrivent, il peut se révéler beaucoup plus difficile qu’ils n’avaient imaginé, de s’intégrer à la culture de l’endroit. On peut se sentir isolé, avoir le mal du pays, et finalement chercher à tout prix ce petit morceau de chez soi au milieu de nulle part. Il y a une chose qui m’a toujours fasciné et amusé, c’est être quelqu’un qui selon les moments peut être des deux cotés d’une même barrière.

Le déclin de l’industrie des quotidiens surgit au cours de votre roman. Si les quotidiens d’informations disparaissaient, que pensez-vous que nous perdrions ?

T.R. : La manière dont nous recevons l’information affecte terriblement son contenu. Néanmoins, il est difficile de qualifier exactement ce que nous allons perdre. Mais imaginons que les journaux traditionnels seraient remplacés par uniquement l’Internet : nous risquons alors de perdre énormément.
Il y a le danger de perdre une culture sans prix du journalisme, une certaine idée de l’éthique journalistique et de son objectivité. Quand nous lisons une information sur Internet, il y a d’énormes avantages – l’immédiateté, l’accès au contenu n’importe où dans le monde. Ces aspects sont formidables. Mais si beaucoup de gens pensent que la démocratisation des médias est sans équivoque une bonne chose, je crois au contraire qu’il y a un danger face à une multiplication excessive des points des points de vues. Nous ne sommes pas tous en position de savoir lequel d’entre eux est le plus pertinent.
On met de côté un pan du journalisme, dans lequel les éditeurs, des gens qui ont passé leur vie entière à observer le monde, peuvent sélectionner dans une masse infinie d’informations ce qui est vraiment pertinent, et intéressant pour le lecteur.
En fin de compte, je crois que nous allons perdre ce qui fait toute l’expertise, la connaissance et les standards, développés depuis très longtemps, et nous permettent de juger et interpréter les informations qui nous sont fournies. Plutôt qu’être capables de choisir entre différentes sources d’information, on nous noie dans un flux de données qui sont un degré en dessous du journalisme. Une information que nous ne pourrons pas juger facilement, mais que nous assimilerons si elle est sexy, mais pas nécessairement si elle est très pertinente.

Traduction et adaptation : Christophe Greuet

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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