Pour ses six ans, la collection Lot 49 fait peau neuve
Extrait de Les foudroyés
À part rétamer des marmites et vendre du savon, voici quelques-unes des choses que fit Howard à un moment ou un autre au cours de ses tournées, parfois pour gagner un peu d’argent en plus, la plupart du temps pour rien : abattre un chien enragé, mettre au monde un bébé, éteindre un feu, arracher une dent pourrie, couper les cheveux d’un homme, vendre vingt litres de whisky maison pour un bouilleur de cru nommé Potts, repêcher un enfant noyé dans une crique.
L’enfant noyé était la fille d’une veuve nommée La Rose. Elle jouait près de la crique, glissa sur une pierre humide, se fendit le crâne et tomba inanimée, tête en avant, dans l’eau. Le courant l’avait emportée un peu au large et traînée sur plusieurs centaines de mètres, puis déposée sur un banc de sable au milieu de la crique. Howard retira ses chaussures, retroussa le bas de son pantalon et traversa à gué jusqu’à la fillette. Lorsqu’il se pencha pour la soulever, ce fut comme pour caler un agneau égaré contre sa hanche, mais quand il fit passer ses bras sous le petit corps, sentit combien il était froid, vit ses cheveux onduler dans le courant et pensa à la mère restée derrière lui, debout sur la rive, il la retourna sur le dos, la souleva et la porta dans ses bras comme si elle était endormie et qu’il la sortait de l’arrière de sa carriole pour aller la coucher dans son lit près du poêle à bois de retour d’une visite familiale.
L’homme dont il coupa les cheveux s’appelait Melish. Il avait dix-neuf ans et devait se marier dans une heure et demie. Sa mère était morte ; ses frères et soeurs, tous beaucoup plus âgés que lui, étaient déjà mariés et partis s’installer au Canada, dans le New Hampshire ou au sud de Woonsocket. Son père était occupé à moissonner leurs huit hectares de pommes de terre et aurait encore préféré scalper le jeune homme plutôt que de lui couper les cheveux, car son mariage signifiait que les deux dernières mains sur lesquelles il pouvait compter abandonnaient la ferme. Howard prit une paire de ciseaux et un pot en étain de taille moyenne dans sa carriole. Il plaça le pot sur la tête du jeune homme et coupa les cheveux tout autour de sa circonférence. Lorsqu’il eut terminé, il prit un miroir à main, le défit de son emballage en papier et le tendit au garçon. Le garçon tourna la tête à gauche, puis à droite, puis rendit le miroir à Howard. Il dit : Ma foi, ça m’a l’air assez chic, monsieur Crosby.© Éditions du Charche-Midi/Lot 49, 2011
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