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Michael Jackson, une histoire d’amour en faux-semblants

Étape attendue, sinon redoutée, dans la carrière naissante d’un jeune romancier, le deuxième roman apporte toujours son lot de surprises. Pour Pierric Bailly, ce sera une ambition digne d’un auteur beaucoup plus mûr. Fortement remarqué avec son premier opus, Polichinelle, à la rentrée littéraire 2008, Bailly revient avec Michael Jackson, un pavé énigmatique pour lequel il s’inspire de ces années d’études à Montpellier (et on souhaite d’avance bon courage aux libraires qui devront expliquer aux acheteurs potentiels que le roman n’a rien à voir avec « une biographie de Bambi qui se déroule à Montpellier », comme nous l’avons déjà entendu dans la bouche de quelqu’un dont nous tairons, par clémence, l’identité).
Présenté en quatrième de couverture comme « un roman d’amour en trois dimensions », Michael Jackson déroule son récit autour d’un couple d’étudiants, Luc et Maud, et d’une ribambelle de copains vivants à Montpellier. De leurs aventures quotidiennes, on assiste à toutes leurs beuveries, engueulades, virées à la mer et, bien entendu, ébats amoureux (ou pas). Mais le livre se déroule surtout comme le portrait en kaléidoscope de la bande : un jeune couple se lance dans une carrière d’acteurs, tel autre ami plus âgé, sosie de Christopher Walken, est un fondu de cinéma. D’autres encore rêvent d’un mariage de stars. Dans la bande, Maud et Luc tentent de faire renaître chaque matin leur désir mutuel. Sauf que.
Sauf que, dans Michael Jackson, la réalité n’est jamais tout à fait constante. Si la bande et ses lieux favoris restent cohérents tout au long du récit, l’identité, le passé et les rapports entre Luc et Maud subissent de légers glissements de terrain. Autour des trois parties principales qui constituent le livre, on découvre un Luc à 18, 22 et 26 ans. Mais le premier serait né en 1988, le second en 1985, et le troisième en 1982. De même, un an seulement s’écoule entre chacune des parties, alors que l’âge du personnage saute plusieurs années.
De nombreuses autres différences, beaucoup plus subtiles, émaillent le fil du récit. Ces nuances apportées à la réalité se déroulent dans la construction implacable du livre, autour de parties et de sous-parties parfaitement identifiées, comme pour donner un cadre à une fiction qui ne s’accommode visiblement pas du formatage du réel. Ce contraste est la très grande réussite du livre, car il s’opère avec une subtilité et un savoir-faire évidents, qui ne cherchent qu’à interloquer les plus scrupuleux des lecteurs, et probablement créer le malaise chez les plus crédules. L’habileté de Bailly pour manier ces faux-semblants est évident, et le place définitivement au dessus des jeunes romanciers qui se contentent de dérouler de façon besogneuse une histoire vaguement inspirée par leur expérience personnelle.
Reste qu’au delà de cette construction parfaitement maîtrisée, l’intérieur du texte souffre parfois des faiblesses traditionnelles faiblesses d’un auteur débutant. Avec les 410 pages du livre, Bailly a certainement voulu donner à son texte l’ampleur suffisante pour dérouler sa galerie faux-semblants Le contenu peine cependant parfois à tenir la distance, trahie par quelques longueurs et tics d’écriture assez énervants. Dans sa description du décor, Bailly déroule notamment une image de Montpellier digne d’un prospectus de l’office de tourisme. Il ne fait grâce au lecteur d’aucun nom de bar, de ruelle, ni du soleil « inondant » la place de la Comédie. Cela fera probablement très plaisir aux lecteurs du coin les plus chauvins, mais n’apporte rien à la justesse littéraire du livre (et c’est un Montpelliérain qui écrit cela).
Et Michael Jackson, dans tout cela ? Le chanteur apparaît furtivement tout au long du livre, à travers des intermèdes ou de brèves citations, tel le fil rouge d’une réalité en constante mutation.

« Michael Jackson » de Pierric Bailly, éditions P.o.L., 416 pages, 19,90 €. Parution le 5 janvier 2011.

Page suivante : la première page du livre

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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