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La carte et le territoire, un grand Houellebecq en lambeaux

On retrouve bien sûr de nombreuses personnalités connues, Pernaut bien sûr, mais aussi un Patrick Le Lay alcoolique, ou un Frédéric Beigbeder déplaisant qui accepte néanmoins d’aider Jed à contacter le mystérieux Houellebecq. L’autoportrait de l’auteur en abîme, qui s’est volontairement mis à l’écart de la société, est bien peu flatteur. Il est celui d’un homme qui vit dans une maison vide, dort dans son lit d’enfant, est incapable de résister à la charcuterie (!), et n’hésite pas à fondre en larmes à l’énoncé de la disparition de ses préférés (dont un combiné ordinateur portable-imprimante de Canon). Autant de points qui, ajoutés les uns aux autres, prouvent en creux le peu de cas que fait Houellebecq d’une société obsédée par son image, qu’il passe plusieurs centaines de pages à écrire.
Ce n’est qu’en début que dernière partie que le livre plonge dans une dimension fictionnelle pure. Lors d’un “twist” improbable du récit, Michel Houellebecq et son chien sont abattus sauvagement dans la maison de l’auteur, découpés en morceaux par un outil d’amputation, le tout sans mobile apparent. Houellebecq y imagine la réception de sa mort, son enterrement, les articles à sensation qui suivent son décès et, bien entendu, l’enquête policière qu’il entraîne. On y suit les interrogatoires de ses seuls amis, michel_houellebecqFrédéric Beigdeber et l’éditrice Teresa Cremisi, qui évoquent les « nombreux ennemis » de l’auteur, affirmant toutefois que ceux-ci n’auraient jamais le courage de mettre à exécution leurs menaces sur le plan physique ! Le livre devient alors une sorte de mutant mêlant avec un talent certain thriller et autofiction, un genre hybride encore jamais imaginé, avant de se conclure sur les derniers jours de Jed Martin lui-même.
La carte et le territoire contient de nombreux passages qui compteront sans peine comme parmi les meilleurs de Houellebecq. Les deux premiers tiers sont sans conteste les plus abordables, se rapprochant parfois des descriptions d’un Bret Easton Ellis ou d’un Jay McInerney. On y retrouve les portraits acérés chers à Houellebecq de la société contemporaine, dans lesquels l’auteur fait toujours preuve d’un savoir-faire sans faille, auquel s’ajoute une maturité affirmée. La dernière partie, cependant, plonge le livre dans une apnée oppressante, et compte ce que le livre apportera vraiment de nouveau à l’œuvre de l’auteur. Houellebecq décrivant le crime atroce de Houellebecq mettra certainement très mal à l’aise de nombreux lecteurs, mais un léger recul suffit pour dévoiler le tour de force d’écrivain qu’un tel descriptif nécessite.
Hélas, La carte et le territoire est loin d’être un livre parfait. Car, comme souvent chez l’auteur, le projet de départ est nettement plus réussi que le résultat. A cela, une seule raison : si le livre est maillé de plusieurs tours de forces balisés dans la narration, la structure qui relie ces passages entre eux se révèle d’une paresse impardonnable. Le début du livre, notamment, qui retrace la biographie de Jed Martin, est d’un ennui plombant, qui risque à beaucoup de faire abandonner la lecture après quelques pages. A cela s’ajoutent des tics d’écriture aussi obscurs que dispensables, tels ces innombrables italiques qui émaillent le texte.
Cette structure explosée, qui pourra faire penser aux morceaux déchiquetés du corps mutilé de l’auteur après son assassinat de fiction, fera faussement paraître le livre comme une lecture facile, proche de celle des fabricants de best-sellers à la chaîne. Une faiblesse difficilement pardonnable pour un auteur capable de tirer son récit vers l’un des textes les plus époustouflants de l’année, et qui y échoue bêtement en ne le faisant que par lambeaux, et non dans son ensemble.

« La carte et le territoire » de Michel Houellebecq, éditions Flammarion, 440 pages, 22 €.

Page suivante : le début du livre

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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