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Les assoiffées, visite douce-amère d’intellos en terre inconnue

rl10_assoiffeesRemarqué depuis ses deux recueils de nouvelles, Bernard Quiriny entre aujourd’hui dans le club impitoyable des primo-romanciers de la rentrée littéraire. Son premier roman, Les assoiffées, sonnera pourtant pour beaucoup la consécration d’un écrivain et non sa découverte. Avec ce texte, à la frontière entre fiction politique et chronique satirique, l’auteur apporte la preuve d’un savoir-faire affirmé, qui place le livre bien au-dessus du niveau moyen des premiers romans.
Intellectuel parisien excentrique et obsédé par son image, Pierre-Jean Gould s’apprête à offrir à une demi-douzaine de confrères le sésame pour un voyage aussi inédit que convoité : la découverte de la Belgique. Le pays a en effet subi une transformation radicale dans les années 70, suite à une révolution féministe qui porta les femmes au pouvoir absolu. Fermé depuis les années 80, la Belgique a coupé toute relation diplomatique avec le reste du monde. Le voyage est donc attendu comme un événement historique, dont le récit sera publié dans la revue d’opinion L’instant. Mais Judith, la “Bergère” qui dirige d’une main de fer le pays, présente les facettes les plus optimistes du pays, faisant naître doute ou enthousiasme chez ses visiteurs.
En parallèle, nous découvrons le journal intime d’Astrid, une femme belge anonyme, confrontée à la misère d’un pays vivant sous une dictature qui ne dit pas son nom. Les massacres des hommes, la vie misérable à laquelle sont promises la plupart des femmes, les activités clandestines qui rongent le pays font son quotidien. A la suite d’un tirage au sort, Astrid rencontre Judith. Prise d’affection, la Bergère décide de faire entrer celle-ci à la Cour. Peu à peu, l’anonyme devient grande courtisane, découvrant les ficelles et secrets du pouvoir.
bernard-quiriny En optant pour l’alternance entre un récit choral et un journal intime, Bernard Quiriny choisit une structure d’apparence assez classique, mais qui se révèle plus périlleuse qu’il n’y paraît. En effet, les faux-semblants habitent les deux genres d’écriture. La chronique de la visite est une ré-interprétation à peine déguisée du voyage en Chine entrepris en 1974 par plusieurs membres de la revue Tel Quel, menés par Philippe Sollers et accompagnés par Roland Barthes. De leur coté, les carnets de Astrid réinventent les journaux de citoyens vivant sous une dictature, avant de déraper vers un portrait des coulisses du pouvoir.
La réalité réinventée ne cède pourtant qu’assez peu de place à la fiction, même si la dictature des femmes, qui sert de point de point de départ au livre, pourra apparaître comme légèrement trop poussé pour ne pas risquer le ridicule. Mais c’est dans cette outrance que Quiriny prouve sa maîtrise, son sens du récit. Même si le défi est grand, l’auteur ne perd jamais en 400 pages pied sur son récit, ni ne tombe dans le grotesque.
Au final, Les assoiffées est un livre subtil, dans les débordements volontaires sont trop subtilement amenés pour ne pas provoquer le sourire, sans pour autant ne pas faire froid dans le dos. Et sa critique acerbe des milieux intellectuels parisiens, qui n’est pas vraiment une surprise pour qui connaît les écrits journalistiques de l’auteur, pique là où ça fait mal sans jamais viser à coté. Un livre jubilatoire, en somme, ce qui n’est finalement pas si courant dans le paysage littéraire actuel.

« Les assoiffées » de Bernard Quiriny, éditions du Seuil, 420 pages, 21 €. Parution le 19 août.

Page suivante : la première page du livre et vidéo de l’auteur

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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