Hunter S. Thompson, instantanés d’un journaliste des extrêmes

Apparu aux États-Unis dans les années 60 et consacré une décennie plus tard, le “nouveau journalisme” reste aujourd’hui encore une révolution dans la manière d’approcher le traitement de l’information. Même si plusieurs sensibilités composent le mouvement, une constante demeure : employer les méthodes de la fiction pour appréhender l’écriture du reportage. Le résultat donne des textes très longs, abolissant les sacro-saintes règles d’une construction académique, où les faits doivent être structurés de manière méthodique et immuable.
Le nouveau journalisme trouve sa source dans le travail parallèle, non concerté, de personnalités aussi diverses que Truman Capote, Tom Wolfe, Joan Didion, ou les méconnus Guy Talese et Grover Lewis (sujet l’an dernier d’une excellente bio signée Philippe Garnier, Freelance).
Les éditions Tristram ont entrepris la tâche courageuse de documenter le mouvement : après deux recueils et une biographie du critique rock Lester bangs, voici qu’apparaît une énorme biographie d’un des papes du mouvement, Hunter S. Thompson.
Inventeur du “gonzo journalisme”, dans lequel le lecteur découvre une situation à travers le ressenti du reporter sur les lieux, Aujourd’hui, les écrits de non-fiction de William T. Vollmann sont imprégnés du mouvement (sans forcément le révendiquer), tout comme les albums du reporter-dessinateur Joe Sacco, dont les premières pages du très récent Gaza 1954 sont un magnifique exemple de gonzo journalisme, dont le nom viendrait probablement du mot québécois « gonzeaux », qui désignait les piliers de bars encore debout après la dernière tournée.
L’œuvre de Thompson est très mal connue en France, plusieurs de ses ouvrages restant encore à traduire. Son livre Las Vegas parano eut un peu plus de chance, en grande partie grâce à son adaptation cinéma éponyme signée Terry Gilliam, avec Johnny Depp dans le rôle de Thompson. Il faut également souligner que les standards du gonzo n’ont quasiment rien de commun avec les pratiques nationales du journalisme, séparant avec rigueur reportage relatant les faits et chronqiues reflétant l’opinion de son auteur.
Sujet à de maintes controverses (les reportages étaient souvent écrits sous l’influence de substances hallucinogènes malmenant l’objectivité du reporter sur les faits témoignés), le gonzo journalisme exigeait aussi des reportages durant plusieurs semaines, sinon mois, afin de se concrétiser par des reportages s’étalant sur plusieurs dizaines de milliers de mots.
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