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Chessex, Cave, Evenson, le trio sulfureux de la rentrée 2010

rl10_bunnymunroChangement dé décor et d’univers dans le deuxième roman de Nick Cave, Mort de Bunny Munro. Vendeur de produits de beauté à domicile, Bunny Munro est un homme au quotidien brouillé par ses obsessions sexuelles. Ne pouvant s’empêcher de fantasmer sur les femmes qu’il croise, il multiplie les infidélités. De retour d’un déplacement professionnel, il découvre sa femme pendue, et son fils errant dans la chambre d’à coté. Dès lors, Munro abandonne son appartement, et prend la route avec son garçon. Accompagné de la seule encyclopédie offerte par sa mère, Bunny Jr. attend son père dans la voiture, tandis ce dernier est en visite chez ses clientes. Mais les embrouilles ne cessent de s’accumuler pour ce père désespéré, dont la mort inévitable est annoncée dès le titre du livre.
Sans exagération, Mort de Bunny Munro apparaît comme un véritable OVNI dans le paysage littéraire actuel. Bien que se basant sur une structure très classique, Nick Cave fait fi de toute convention dans ses descriptions, n’épargnant au lecteur aucune des débridées (mé)aventures sexuelles du personnage. Dès les premières pages, le ton est donné. « Au volant de la Punto, Bunny se faufile dans la circulation du week-end et débouche sur le front de mer, et là, saisi d’un délicieux vertige, il prend la mesure du spectacle qui s’offre à lui – le burlesque délirant de la saison estivale se dépêche devant lui. Des groupes d’écolières, les gambettes en ciseaux et le ventre orné de piercings, des nanas bardées de logos qui font leur jogging (…) des couples qui copulent réellement sur les pelouses estivales, de la chagatte échouée à plat ventre sous le cumulus des formes érotiques, des tas de gonzesses prêtes pour le tagala-stoin-tsoin (…) », et cela continue sur près de trois pages. Pourtant, derrière le vocabulaire rude se cache une description sombre et sensible d’un père désemparé de ne pouvoir subvenir aux besoins de ce fils qu’il aime tant. Et l’on ne cesse de penser au fil du livre à La route, tant les deux livres sont proches dans leur construction et leur message. Au point de se demander si Cave n’a pas voulu donner vie à une variation orgiaque du sublime roman de Cormac McCarthy.

rl10_pere_mensongesQuatrième livre de Brian Evenson à paraître dans la collection Lot 49 des éditions du Cherche-Midi, Père des mensonges est probablement le plus complexe et le plus dérangeant des trois livres. Ancien prêtre mormon et enseignant dans une faculté tenue par cette église, Evenson a dû quitter son travail et renoncer à sa religion suite au scandale provoqué par son premier ouvrage, le recueil de textes Altmann’s Tongue. Cette période de sa vie lui a inspiré Père des mensonges, qui aura attendu douze ans pour paraître en France. Eldon Fochs y est un respectable homme d’église, heureux en famille et bien sous tous rapports. Bientôt atteint de troubles du sommeil dans lesquels il devient violent et ordurier, sa femme l’oblige à consulter un psychanalyste, Alexander Feshig. Fochs lui avoue son attirance pour les jeunes enfants, et les rêves dans lesquels il tue brutalement une jeune fille. Rapidement, Feshig se rend compte que Fochs est réellement coupable de ces actes. Mais l’église va tout faire pour étouffer l’affaire, et exerce une énorme pression sur le psychothérapeute afin qu’il enterre ses dossiers.
Père des mensonges est construit autour de trois points de vue : celui du psychanalyste, celui de Fochs, et au travers des documents échangés entre le médecin et son administration, qui souhaite obtenir ses documents de travail. Cette structure élaborée permet à Evenson de ne rien laisser de coté dans cette affaire complexe, qui mêle morale, actes criminels et pressions administratives. Le roman est terriblement dérangeant, car il en appelle à des peurs communes qui malmènent le bon ordre moral, et met à jour des pratiques secrètes que les médias craignent d’affronter. En ce sens, Père des mensonges fait office de funeste révélateur des versants les plus sombres de notre société.

« Le dernier crâne de M. de Sade » de Jacques Chessex, Éditions Grasset, 180 pages, 12 €

« Mort de Bunny Munro » de Nick Cave, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, Éditions Flammarion, 330 pages, 20 €

« Père des mensonges » de Brian Evenson, traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, Éditions du Cherche-Midi/Lot 49, 240 pages, 17 €

Pages: 1 2

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Pour emballer le poissonMouaisCa le fait pas mal4 étoilesFutur prix Pulitzer (Pas encore de vote)
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