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Interview Vincent Message : « J’ai écrit Les veilleurs en me libérant de la contrainte commerciale du roman de 250 pages »

vincent_message_pAuteur d’un énorme premier roman de 700 pages, Vincent Message sera sans nul doute la révélation de la rentrée littéraire 2009. Les veilleurs fait en effet partie de ces livres qui vous coupent le souffle : une enquête policière, des allers-retours entre rêve et réalité et un monde onirique stupéfiant peuplent les pages de l’ouvrage (lire notre critique ici).
Encore plus stupéfiant est son auteur : qui aurait crû, à l’heure où le premier roman vaguement autobiographique de 200 pages est la règle d’or, qu’un jeune auteur de 26 ans se lancerait dans une aventure littéraire aussi ample et exigeante. Et pourtant, ce jeune diplôme de l’école normale supérieure l’a mis en place dès la fin de son adolescence, avant de se lancer dans l’écriture à son vingtième anniversaire. Depuis, Message a vécu à Berlin et New York, et mis en pratique sa passion pour les pays étrangers et leurs écrivains.
Six ans plus tard, Vincent Message est toujours un boulimique de littérature. La preuve : en parallèle de la promotion de son premier roman, il poursuit l’écriture de sa thèse. Le sujet ? « Le roman du XXe siècle face au pluralisme : Robert Musil, Carlos Fuentes, Thomas Pynchon ».  Rencontre.

Comment est né ce roman dans votre esprit ?

V.M. : J’ai tout d’abord eu l’idée de la scène originelle, ce meurtre de rue dans lequel le personnage principal, Nexus, tue trois passants un matin. C’est une scène qui me semblait fascinante, car elle cristallisait des angoisses modernes, qui existaient déjà un peu dans la littérature. On trouve une scène de ce type dans une nouvelle du Mur de Sartre, Erostrate, dans laquelle un personnage renonce au dernier moment à commettre un meurtre de ce type. J’ai aussi été influencé par une phrase de Breton qui dit que l’acte surréaliste par excellence est de descendre dans la rue, et tirer sur la foule. Cette scène me paraissait latente dans la littérature française, et j’avais envie de lui donner plus de consistance. Je voulais développer le personnage du meurtrier, les raisons pour lesquelles on bascule dans la violence, et analyser aussi la fascination que ce type de faits divers génère dans notre société.

Pourquoi ?

V.M. : Cette fascination me paraissait plus intéressante encore que le faits divers lui-même. Le fait que, du jour au lendemain, un inconnu devienne célèbre en ayant commis un acte de destruction, et tous les discours qui gravitent ensuite autour de ces figures de meurtrier, étaient quelque chose qui me paraissait intéressant à étudier. En essayant de construire ce personnage de meurtrier, le roman est vraiment né. Je me suis en effet rendu compte que ces meurtriers étaient souvent atteints de pathologies mentales, fonctionnaient dans une logique différente de la notre, presque dans un autre monde. C’est à ce moment-là que j’ai fait de Nexus quelqu’un qui avait un quotidien très pauvre, mais une vie onirique très riche, dans laquelle il faudrait aussi chercher les raisons de son geste.

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